Formes fixes

Formes fixes, formes mouvantes

Pour le PPP, j’utilise presque toujours des formes fixes. La forme, comme celle qui donne son nom au fromage (le formage), est un cadre, une limite, une bordure, une frontière. C’est elle qui me permet de reconnaître un poème au premier coup d’œil, comme on distingue un Saint-Nectaire d’un camembert sans se tromper, seulement à l’aide de la vue. C’est elle qui me permet d’écrire, il n’y a presqu’à remplir. Elle me guide comme Virgile guide Dante, avec douceur et fermeté. Elle m’empêche de tomber.

Ceux qui s’opposent au formalisme, qui décrient la forme, n’ont jamais eu le vertige. Moi j’en suis atteinte, et la forme m’en protège, dans sa beauté et son parfum vert de laurier.

La forme que j’emploie en ce moment dans mon PPP quotidien (pour la commune de Balsièges, 48, que j’ai bientôt terminée) est le fatras. Il m’évite, quel paradoxe, de dire et d’écrire n’importe quoi dans une langue que l’on ne comprend pas, grâce à son système de rimes serrées, et sa relative brièveté. Ainsi je ne m’étale pas trop, c’est une longueur idéale pour le poème du jour.

Et si j’inventais une langue (une fatrasie)? Je ne serais pas la première et ce serait un beau sujet de poème. Non?

À la maison

aquarelle Marion Rivolier/ Urban Sketchers Paris à la Santé

Pas aussi souvent que je le souhaite, je me rends à la maison d’arrêt. Cette année en particulier, après avoir animé de nombreux ateliers dans de nombreuses maisons comme celle-là, j’ai suivi les activités culturelles et la programmation culturelle. Sauf que cette année, tout a été annulé ou reporté.

Toutefois, je continue d’écrire un livre de poésie qui devait retracer une année culturelle à la maison d’arrêt. Avec les mille univers, le livre sera fera.

Ce sont des poèmes portraits, et aussi de poèmes de métier, car il y a beaucoup de métiers à la maison d’arrêt.

Image : Marion Rivolier

Connaissance du centre

J’ai terminé Connaissance du Centre avec ce petit pincement que l’on a à la fin d’un voyage. Quand on quitte les amis qui nous ont accompagnés pendant des mois (à supposer que je voyage avec des amis pendant des mois, et à plus forte raison pendant le confinement de printemps 2020). Connaissance du Centre m’a accompagnée tous les jours du 16 novembre 2018 au 25 mars 2020. J’ai aussi écrit d’autres poèmes. Avec moi la grosse tête de Claudel, que je portai alternativement parce qu’elle était très lourde. Lui a écrit Connaissance de l’Est en voyageant. J’ai écrit Connaissance du Centre en restant bien centrée.

En cours, roman

un extrait de SBAM

En ce moment, je prépare un roman qui me tient à cœur. Il s’appellera SBAM. Ça fait très longtemps qu’il dort dans un tiroir. J’avance régulièrement, à coup de trois mille signes par jour. Il y a beaucoup à dire. Il y a beaucoup à écrire. La seule chose que je peux dire, c’est qu’il y est question de la Divine Comédie de Dante et des supermarchés.

À voir été, campagne estivale du PPP 2019

choisi par Annie Pellet
choisi par Guillaume Marie

La campagne estivale du PPP (projet poétique planétaire) a commencé le 1er juillet 2019. Elle est publiée intégralement sur le site de Poezibao. Il s’agit de poèmes composés, pendant huit semaines, par sept poètes, un par jour de la semaine, à partir d’une œuvre d’art choisie par eux spécialement pour les accompagner cet été. Chaque poète aura donc écrit huit poèmes, dans une forme choisie par lui. Le poème est envoyé par la poste à un heureux destinataire de la commune limousine de La Chapelle Spinasse, en Corrèze.
Les œuvres sont visibles
ici pour le lundi : melanievincent.fr/percee/ choisi par Marine Vaillant
ici pour le mardi : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Dame_%C3%A0_la_licorne choisi par Guillaume Marie
ici pour le mercredi : https://www.youtube.com/watch?v=F76Ck_14Zk0, avec Annie Pellet

jeudi : un tableau de Alichima choisi par Idi Nouhou
tableau_idi - copie
ici pour le vendredi : les Shadoks choisis par Patrick Biau
Capture d’écran 2019-07-05 à 11.27.45
ici même pour le samedi : Stravinsky par Arnold Newman, choisi par Jacques Jouet
stravinksi
là encore pour le dimanche
Zeimert_giverny - copie
Giverny Bridge n°3 de Christian Zeimert, 1997, collection particulière. Dimensions : 41 x 100 cm ; choisi par Cécile Riou

Publication, roman

Au Danemark, à l’invitation des éditions Ectera et de la SLC, est paru Captations Littéraires, « Franskestemmer », un livre collectif rassemblant des nouvelles (je préfère « romans courts »), des essais sur le roman, de dix auteurs français, tous traduits en danois.
Pour leur confiance, je remercie ici Steen Bille Jørgensen, Hans Peter Lund et Sofie vestergaard Jørgensen, qui a traduit mon petit roman « De Rien » et a lu avec moi pour la soirée de lancement, à laquelle participaient également les auteurs déjà traduits au Danemark, Jacques Jouet et Célia Houdard. Quelle fête à Copenhague!
Je trouve la maquette très belle. Et je suis fière de ce livre, issu d’un beau partage. C’est mon premier roman publié, en Danois, au Danemark !

Editions Etcetera http://etcetera-forlag.dk/
SLC Société Danoise de littérature contemporaine en langue française : siteslc.dk

Poèmes de course à pied

Ces poèmes de course à pied sont des rondeaux, des interprétations de rondeaux, poème simple, répétitif, musical, éreintant, qui arrondit le dos au lieu de l’allonger… comme la course à pied. Poème de l’effort et du souffle, qui bien mené, petit à petit, donne l’impression de la légèreté.

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J’ai pas très envie de courir aujourd’hui
d’ailleurs il fait froid, il pleut un peu, il fait gris
je suis bien sous la couette, elle est douce
le réveil je lui ai écrasé le snooze d’un coup de pouce
je vais rester au lit aujourd’hui, jusqu’à midi

je vois mes baskets qui s’ennuient
je vois que mon collant s’ennuie
j’ai pas treize ans, pour me la couler douce

je mets mes chaussettes de survie
je mets mon t-shirt, où s’inscrit
« finisher », le contraire de la loose
je respire l’air du matin comme la grande ourse
j’épate treize zombies qui sortent du lit.

 

*

 

Courir après quoi déjà, courir

après un autre coureur, courir

après un temps, lequel

relatif, étrange, rebelle

celui qui amène un sourire

 

assez idiot, enfin appartenir

à un groupe de bariolés sans libelle

tout à coup, rire après pousser un soupir

 

de satisfaction, ou pire

de fierté parce qu’on voit luire

une médaille, qu’on trouve belle

(pourtant bien laide), on se martèle

courir après soi même, sans réfléchir

 

*

mes chaussures Mizuno attendent

mes pieds attendent

mon t-shirt n’attend plus

la rue n’attend plus

mon petit déjeuner attend

 

le soleil attend

le printemps n’attend plus

mes chaussures Mizuno attendent

 

le déjeuner attend

la boisson énergétique attend

l’huile à l’arnica n’attend plus

le verre de vin rouge n’attend plus

mes chaussures Mizuno attendent

 

*

Cinq ou six fois au tournant de la piste

on dépasse un plot rouge, une balise

si on est en avance comment faire

si on est en retard on accélère

tomber juste est un art d’équilibriste

 

On peut rire et trouver cela simpliste

de se livrer au manège esclavagiste,

on peut crier à W ou braire

cinq ou six fois.

 

Courir nombreux dans un stade ! En Hotchkiss

on va plus vite, c’est positiviste

et implacable : pourtant la belle affaire

de nourrir un moteur humain, l’enfer

décrit par Perec on relativise

cinq ou six fois.